Iran : huit hauts diplomates d'Europe et du Moyen-Orient à Istanbul
Les chefs de la diplomatie de huit grands pays d'Europe et du Moyen-Orient sont réunis vendredi à Istanbul, un format sans précédent que justifie la multiplication des conflits dans la région et l'absence criante de solutions.
Les ministres des Affaires étrangères de France, Royaume-Uni, Allemagne et Italie ainsi que de Turquie, Arabie saoudite, Pakistan et Égypte cherchent ensemble des clés de désescalade alors que toute la zone s'embrase.
Au coeur des discussions dominent la situation dans les détroits d'Ormuz et de Bab-el Mandeb, qui paralyse le commerce mondial et fait grimper le prix de l'énergie, et les frappes sur l'Arabie saoudite par les combattants Houthis du Yémen, alliés de Téhéran.
"Une nouvelle escalade entre l'Iran et les Etats-Unis ne ferait que des perdants et aurait sans doute des conséquences très lourdes sur le prix des hydrocarbures", a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot.
"La première des choses que ce groupe de huit pays vont faire, c'est appeler les deux parties (Etats-Unis et Iran, ndlr) à la retenue maximale, parce que nous ne pouvons nous permettre une nouvelle escalade dans la région".
La situation régionale ne peut "être résolue d'un point de vue purement militaire. Si nous voulons rouvrir Ormuz, qui est vital pour nos économies, nous devons promouvoir le dialogue et faire comprendre à l'Iran que cette attitude ne peut pas se poursuivre", a estimé pour sa part l'Italien Antonio Tajani.
"La question palestinienne" et les "responsabilités d'Israël dans la crise", pour reprendre les termes d'Ankara, ainsi que les conséquences dramatiques en mer Noire de la guerre entre la Russie et l'Ukraine, ont aussi été abordées.
Mais c'est bien le dossier iranien qui a occupé le devant de la scène.
Les frappes des Houthis ont atteint une ampleur inédite depuis le début du conflit au Yémen en 2014. Et constituent l'énième avatar de la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis contre l'Iran, en février dernier.
- "Préoccupations partagées" -
Cette nuit, le Britannique Ed Miliband avait ainsi déclaré venir "mettre en avant la façon dont les tactiques iraniennes sont reproduites dans la région, avec des attaques contre l'Arabie saoudite qui la déstabilisent davantage", selon son entourage.
La Turquie, à l'initiative de cette rencontre dans un grand hôtel de la rive occidentale du Bosphore, s'affirme de plus en plus comme une puissance régionale de premier plan.
Elle a fondé en août avec le Pakistan et l'Arabie saoudite un accord de défense appelé Alliance de la Mecque. L'Égypte ne s'y est pour l'heure pas ralliée, même si elle envisage d'intervenir en défense de son allié saoudien face aux Houthis.
Ces quatre pays se sont réunis en début d'après-midi dans un format dit "R4", pendant que les quatre Européens faisaient de même de leurs côtés. Tous se sont ensuite retrouvés en séance plénière.
- "Responsabilité régionale" -
Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan défend l'idée d'une prise de responsabilité des pays de la région. "Les cadres régionaux se transforment en plateformes crédibles", a-t-il déclaré avant la réunion.
"La stabilité ne peut tout simplement pas être importée. Des solutions durables ne peuvent pas être imposées de l'extérieur", a-t-il ajouté.
La Turquie entretient des relations exécrables avec Israël, qu'elle accuse de génocide à Gaza, mais est en bons termes avec Téhéran comme avec Washington. M. Fidan s'est ainsi encore entretenu tout récemment avec son homologue iranien Abbas Araghchi.
Ankara entend, avec cette conférence, donner plus de substance au très jeune pacte de la Mecque, qui réunit la seconde armée de l'Otan (Turquie), la plus grande puissance du Golfe (Arabie saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (Pakistan).
"L'Alliance de La Mecque vise à assurer la paix, la prospérité et l'avenir de la région. En s'appuyant sur une responsabilité régionale, ces efforts ont davantage de chances de réussir", a insisté Hakan Fidan.
Les huit pays "ont décidé, après des discussions très constructives, de poursuivre le travail de se réunir à fréquence régulière", a salué à cet égard Jean-Noël Barrot.
D.Campanella--INP