Barricades, tranchées : dans le sud de la Syrie, l'armée israélienne renforce ses positions
Depuis son champ, Hassan Ahmad pointe les talus et tranchées tout juste construits par l'armée israélienne, qui se rapproche de jour en jour de son village du sud de la Syrie, au bord du Golan occupé.
"Regardez cette barricade de sable, à environ 300 mètres, après les arbres", dit cet agriculteur de 46 ans, dont le fils et le neveu ont été enlevés lors d'incursions de l'armée israélienne.
"Les Israéliens ont repris récemment la construction d'une ligne le long du plateau du Golan (...)", explique l'homme au visage buriné, qui persiste à planter des oliviers malgré un accès à son champ devenu de plus en plus dangereux aux abords du village de Jubbata al-Khashab.
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024 et l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste, l'armée israélienne a mené des centaines de frappes en Syrie et pénétré dans la zone tampon démilitarisée surveillée par l'ONU sur le Golan.
L'armée israélienne a "récemment intensifié ses opérations de construction" dans cette zone tampon, affirme Mohammad al-Saïd, un responsable de la province de Qouneitra, dont dépend le Golan.
Il rapporte l'apparition de talus, de tranchées et de postes d'observation israéliens, à une distance de "200 mètres à un kilomètre de la ligne de cessez-le-feu établie par l'accord de désengagement de 1974".
Sur les hauteurs, les éoliennes géantes ainsi que les antennes et dômes blancs des infrastructures militaires installées par Israël, sur la partie du plateau stratégique du Golan qu'il occupe et a annexée, sont clairement visibles.
Dimanche, la Syrie a condamné ces travaux comme une "violation flagrante" de cet accord conclu après la dernière guerre israélo-arabe de 1973.
- 41 Syriens toujours détenus -
Dans la région de Qouneitra, à une quarantaine de kilomètres au sud de Damas, les patrouilles israéliennes pénètrent régulièrement dans les villages. Elles ont enlevé 56 personnes depuis la chute d'Assad, dont "41 sont toujours détenues", selon M. Saïd.
Mercredi, cinq véhicules et une ambulance de l'armée israélienne sont entrés dans le village de Jubbata al Khashab, aux vieilles maisons en basalte noir.
Les militaires ont tiré sur un homme qui a tenté de fuir à leur vue, ont déclaré des témoins aux journalistes de l'AFP.
"Ils l'ont blessé à la jambe et emmené avec eux", raconte Mohammad Samia, un agriculteur de 65 ans.
L'homme a été libéré quelques heures plus tard, comme deux autres que l'armée israélienne avait annoncé avoir capturés lundi, après qu'ils se sont approchés de ses troupes.
"Notre situation est terrible ici, les forces israéliennes vont et viennent, nous avons peur parce qu'ils tirent à l'aveuglette", dit Mohammad Samia, qui se plaint, comme d'autres agriculteurs, d'être souvent empêché d'accéder à ses récoltes.
Dans le village voisin de Khan Arnaba, des véhicules de la Force des Nations unies pour l'observation du désengagement (Fnuod) passent tranquillement devant les enfants qui rentrent de l'école.
Des policiers règlent la circulation et les forces de sécurité relevant du ministère de l'Intérieur sont postées aux carrefours, mais aucune présence de l'armée syrienne n'est visible.
- "Pardonne-moi, mère" -
Israël exige la démilitarisation du sud de la Syrie et affirme que ses troupes y demeureront.
Les nouveaux dirigeants syriens dénoncent les "agressions" israéliennes mais se gardent d'y riposter, et ont engagé un dialogue direct avec Israël pour parvenir à un accord de sécurité.
Lundi, l'armée israélienne a indiqué avoir tué un homme qui tentait de s'infiltrer dans un poste de l'armée israélienne dans la zone de sécurité qu'elle occupe dans le sud de la Syrie.
"Il avait 22 ans. C'était mon fils unique et celui qui nous faisait vivre. Que Dieu se venge d'eux", lance sa mère, Khadija Chehadé, à l'adresse des Israéliens.
Dans le village de Jeba, cette veuve étreint en sanglotant la photo de son fils, Mohammad Dabbour, entourée de femmes vêtues de noir.
Le corps a été remis à la famille lundi par la Croix-Rouge. "Il était atteint de quatre balles : à la poitrine, à l'épaule, à la jambe et au pied", raconte son oncle, Mohammad Chehadé, devant la tombe fraîchement creusée.
Les circonstances de la mort du jeune homme, de père palestinien et de mère syrienne, ne sont pas claires. Sa mère affirme qu'il n'était lié à aucun groupe politique et qu'elle cherchait à le marier.
Avant de disparaître dimanche, il lui a laissé un message : "Pardonne-moi, mère, tu ne me verras plus. Prie pour moi".
A.Foglio--INP