Ukraine : des frappes russes font 20 morts, dont 14 dans un même immeuble
Des frappes russes contre l'Ukraine ont fait au moins 20 morts, dont 14 dans un même immeuble éventré par un missile à Prylouky, dans le nord, selon le dernier bilan des autorités mercredi.
Des journalistes de l'AFP sur place ont vu les services de secours fouillant les décombres du bâtiment et évacuant des corps de victimes. Le bilan y est de 14 morts, "dont quatre enfants", et "cinquante blessés, dont sept enfants", ont dit les secours.
Evoquant cette dernière vague de bombardements contre son pays, qui lutte depuis février 2022 contre l'invasion russe, le président Volodymyr Zelensky a dénoncé "l'une des attaques les plus ignobles : 70 missiles au total, dont beaucoup de balistiques", plus difficiles à intercepter, et des drones envoyés sur 12 régions.
"L'une des principales cibles était nos infrastructures énergétiques", a-t-il affirmé.
L'approche de l'hiver fait craindre la répétition du scénario de l'an dernier, lorsque la Russie a bombardé sans relâche les sites énergétiques, plongeant dans le noir et le froid des millions de foyers. Des restrictions sur la consommation d'énergie sont déjà instaurées à Kiev.
Volodymyr Zelensky, qui réclame à ses alliés davantage de systèmes permettant l'interception de missiles balistiques, a aussi fait état de deux morts à Oleksandrya et de deux à Krementchouk, des villes situées dans le centre.
Deux autres personnes ont été tuées dans la capitale, a-t-il dit.
A Moscou, le ministère de la Défense a affirmé de son côté que l'armée russe avait frappé, notamment à Kiev et dans sa région, à Prylouky et à Krementchouk, des usines assemblant et stockant des missiles de croisière, en particulier les Flamingo de fabrication ukrainienne, et des drones de longue portée.
Parallèlement, l'Union européenne a décidé de nouvelles sanctions visant en une seule fois près de 1.600 entités et individus liés à la guerre livrée par la Russie.
- "Briser les gens" -
A Prylouky, les services d'urgence ont réussi à porter secours à 15 personnes, dont un enfant. Ils ont poursuivi dans la journée la fouille des gravats de l'immeuble d'habitation touché.
Olena Sayoun, une masseuse de 40 ans, dormait avec sa famille lorsque le missile s'est abattu. Ses fenêtres ont "explosé".
"Merci mon Dieu, nous avons couvert notre enfant de nos corps. Mon mari a des coupures dans le dos et moi aussi", a-t-elle témoigné auprès de l'AFP.
Ioulia Chamraï, 31 ans, a dit avoir ressenti le choc de la frappe dans son appartement situé non loin de l'immeuble.
Cette attaque, "c'est juste pour briser les gens, la population civile qui dormait paisiblement", a-t-elle affirmé.
L'armée ukrainienne avait également déclenché une alerte aux missiles balistiques à Kiev, où un journaliste de l'AFP a entendu des explosions tout au long de la nuit.
"Tout Kiev vit dans la peur", a témoigné Iryna Rybalchenko, une employée de banque de 41 ans, réfugiée dans le métro. "On a pris nos affaires et on est venu ici" après avoir entendu la mise en garde de M. Zelensky, a-t-elle ajouté.
Le président ukrainien avait averti la veille d'un risque d'une "attaque massive" russe sur la capitale, prise pour cible nuit et jour depuis des semaines. Des frappes qui visent des entrepôts, des sites de logistique, des ponts, etc.
"Nous avons déjà eu très peur au cours d'un bombardement, les enfants étaient absolument terrifiés, aussi maintenant, à chaque gros bombardement, on va dans le métro", a confié Daria Medvedeva, une économiste âgée de 36 ans.
Les autorités ukrainiennes accusent la Russie de chercher à détruire systématiquement les infrastructures, face à son incapacité à progresser sur le front près de cinq ans après le déclenchement de la guerre par le Kremlin.
Des frappes russes ont récemment atteint deux des principaux ponts de Kiev et, mardi, l'opérateur local DTEK a mis en place des restrictions dans la distribution de l'électricité après des attaques contre des installations énergétiques.
Les successions d'alertes pèsent sur l'activité économique, la population étant invitée à abandonner les postes de travail pour se mettre à l'abri.
La ville de Zaporijjia (centre) a aussi été visée dans la nuit : une "infrastructure de transport" y a été attaquée, a souligné le chef de l'administration militaire locale, Mykhailo Semikine, sans plus de détails.
La Russie a quant à elle revendiqué une frappe "ciblée" sur un pont traversant le Dniepr, affirmant qu'il est utilisé par les forces ukrainiennes.
T.Barbieri--INP