Kiev et Varsovie dénoncent une frappe russe sur un train à la frontière polonaise
L'Ukraine et la Pologne ont dénoncé dimanche des frappes russes qui ont endommagé un train à destination de Varsovie tout près de la frontière polonaise, où un autre convoi transportant des personnalités européennes venait de passer.
Ces nouvelles attaques surviennent une semaine seulement après la visite d'émissaires américains à Moscou et à Kiev destinées à relancer les négociations menées sous l'égide de Washington pour mettre fin au conflit.
Un drone russe a frappé la locomotive d'un train de voyageurs reliant Kiev à Varsovie, à deux kilomètres de la frontière avec la Pologne, pays membre de l'Otan, sans faire de victime, selon les autorités des deux pays. Varsovie a indiqué qu'un autre drone avait frappé une station-service à proximité d'un poste-frontière, toujours côté ukrainien.
La compagnie ferroviaire ukrainienne, qui avait évoqué auparavant une "attaque systémique" visant ses infrastructures, la locomotive touchée se trouvait à la gare frontalière de Iagodyne et appartenait à un train qui avait pu être évacué 15 minutes avant.
Mais selon l'opérateur Ukrzaliznytsia, "il est très probable" que la frappe russe ait visé un autre train qui transportait "des conseillers à la sécurité et des anciens dirigeants européens dont l'ex-Premier ministre Boris Johnson" et qui venait de passer par Iagodyne.
Ce train avait "quitté la gare plus tôt que prévu en raison des ajustements en temps réel des horaires face à la menace constante de frappes russes", a souligné la compagnie publique.
Cette dernière a précisé que l'ex-directeur de la CIA David Petraeus se trouvait par ailleurs à Iagodyne dans un autre train au moment de la frappe.
- Attaque "insensée" -
Le ministère russe de la Défense a déclaré avoir touché des "infrastructures ferroviaires" qui étaient utilisées pour "transporter des cargaisons militaires" depuis des pays européens.
MM. Petraeus et Johnson avaient tous les deux participé à Kiev au forum annuel Yalta European Strategy, avec de nombreux autres représentants étrangers.
"C'est exactement le type d'attaque aléatoire et insensée que les Ukrainiens subissent chaque jour", a réagi sur X l'ancien dirigeant conservateur britannique, au pouvoir lors du lancement de l'invasion russe de février 2022. "Quand allons-nous leur donner les défenses aériennes dont ils ont besoin ?"
L'Ukraine réclame à ses alliés occidentaux de lui fournir plus d'intercepteurs pour faire face aux bombardements russes qui continuent de s'intensifier plus de quatre ans et demi après le déclenchement de l'invasion, au prix d'un nombre croissant de morts civiles.
La compagnie ferroviaire polonaise PKP Intercity a indiqué que le train frappé reliait Kiev à Varsovie avec 206 passagers à son bord.
Des frappes russes ont également endommagé des infrastructures ferroviaires dans la région de Vinnytsia (centre-ouest) et fait au moins deux morts à Kramatorsk (est), selon les autorités ukrainiennes.
- "A l'intérieur de la maison" -
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui a présidé une réunion d'urgence, a mis en garde contre une prochaine intensification des attaques russes en Ukraine. Une "escalade" qui pourrait, selon lui, toucher le territoire de la Pologne.
"La terreur de Poutine frappe littéralement à la porte de l'Union européenne et de l'Otan", a affirmé le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga, demandant "des sanctions sévères, un soutien militaire accru à l'Ukraine et une pression maximale sur la Russie".
"La terreur russe ne fait pas que frapper à la porte, elle est à l'intérieur de la maison", a déclaré à son côté son homologue polonais, Radoslaw Sikorski, en visite à Kiev.
Ces frappes à proximité de la frontière polonaise ne sont qu'une "nouvelle escalade dans l'éventail des activités russes", a-t-il estimé, citant entre autres la découverte d'un drone explosif à l'aéroport de Leipzig, en Allemagne, un incident que Berlin a imputé à la Russie début septembre.
En réponse aux bombardements quotidiens la visant, l'Ukraine a également intensifié ses frappes de longue portée sur le territoire russe, qu'elle qualifie de réponse aux bombardements de Moscou, visant notamment des raffineries.
A ce propos, le président américain Donald Trump a estimé dimanche que son homologue ukrainien devrait cesser ces frappes. "Qu'il s'en prenne à des cibles, mais pas au diesel, parce qu'il provoque une pénurie de diesel", a-t-il déclaré.
Le président ukrainien a dit tabler sur une reprise de pourparlers tripartites dès le mois de septembre, après les élections parlementaires en Russie, le Kremlin n'excluant pas de son côté le mois d'octobre.
F.Ciambrone--INP