Référendum en Guinée-Bissau: début du vote pour passer à un régime présidentiel fort
Les Bissau-Guinéens ont commencé à voter dimanche lors d'un référendum constitutionnel sur le passage à un régime présidentiel fort pour remplacer l'actuel système semi-parlementaire, une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre.
Dans la capitale Bissau, les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 locales (et GMT), ont constaté des correspondants de l'AFP.
Dans certains quartiers, le vote débutait doucement, ont constaté des correspondants de l'AFP. Dans d'autres, les électeurs tardaient à arriver après une pluie intense à l'aube, qui était en train de se dissiper. La Guinée-Bissau connaît à cette période une forte saison des pluies.
- Sécurité renforcée -
La sécurité est renforcée ce dimanche aux points stratégiques de la capitale, avec notamment des membres de la garde nationale et de la police postés à ces endroits, a constaté un correspondant de l'AFP.
Le vote doit durer jusqu'à 17H00. Les premiers résultats provisoires sont attendus à partir de mardi prochain.
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
Ce scrutin référendaire précède de quelques mois les élections générales prévues le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils, et ce alors que le climat politique est tendu dans le pays.
L'opposition a d'ailleurs appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l'indépendance en 1974.
Le PAIGC a dénoncé l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques".
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des présidentielle et législatives, par des militaires qui ont suspendu le processus électoral.
Ce pays lusophone côtier d'Afrique de l'Ouest a connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.
Dans un message avant le référendum, le chef de la junte en Guinée-Bissau, le général Horta N'Tam, avait exhorté ses compatriotes à "une participation massive et ordonnée" lors de "cet important exercice démocratique".
- "Nouvelle étape" -
"Votez pour une nouvelle étape, pour renforcer les institutions et pour une Guinée-Bissau stable, unie et confiante dans le futur", avait-il lancé.
Le projet de nouvelle Constitution vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle prévue le 6 décembre.
Le Conseil national de transition (CNT), organe législatif dont les 65 membres ont été nommés par la junte, avait adopté en janvier 2026 à l'unanimité une modification de la Constitution, un mois et demi après le coup d'Etat qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo le 26 novembre.
Dimanche, les électeurs doivent répondre par oui ou par non à cette question: "Êtes-vous d'accord sur l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ?"
Le nouveau texte propose d'abandonner l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles, comme après les législatives de 2023. Le président Embalo avait alors dissous le Parlement dominé par l'opposition en décembre 2023, à la suite de ce qu'il a présenté comme une tentative de putsch. Il avait dirigé par ordonnances jusqu'à sa destitution en novembre 2025.
Pour Nelson Moreira, membre du CNT, le projet de nouvelle Constitution permettrait d'éviter les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé, a-t-il dit à l'AFP.
"Cette consultation populaire sert d'outil pour réécrire la loi fondamentale truffée de lacunes", a-t-il affirmé.
Mais une partie de la classe politique et de la société civile a contesté avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", a récemment déclaré à la presse Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l'Homme.
Les frontières du pays ont été fermées depuis dimanche 00H00 locales et durant toute la journée, pour "garantir l'ordre et la sécurité pendant le référendum", a indiqué le ministère de l'Intérieur.
D.Campanella--INP