Agirc-Arrco: les partenaires sociaux lancés dans des négociations cruciales sur la revalorisation des pensions
"Quatorze millions de retraités dans l'attente": les syndicats et le patronat, cogestionnaires du régime de retraite des ex-salariés du privé (Agirc-Arrco), ont entamé mercredi de périlleuses négociations pour choisir le niveau de revalorisation des pensions de retraites complémentaires en novembre, gelées l'an dernier après l'échec des discussions.
Pour "mettre la pression" avant ce conseil d'administration crucial, entre 200 et 300 retraités ont manifesté à la mi-journée place de la Bastille, à Paris, sous des drapeaux des syndicats CGT, FSU et Solidaires, et d'autres dans plusieurs villes de France, réclamant une hausse poussée "au maximum" pour préserver leur pouvoir d'achat.
Chaque année, les représentants du personnel et des employeurs, qui gèrent l'Agirc-Arrco, se réunissent pour déterminer le taux d'évolution des pensions versées aux 14 millions d'assurés, en tenant compte des prévisions d'inflation et de la conjoncture économique.
Ces pensions complémentaires, qui représentent une part très variable de la pension totale - schématiquement 30% pour les salaires faibles et 60% pour les cadres - sont revalorisées au 1er novembre, et pas début janvier comme celles du régime général.
Dans un contexte politique tendu, sur fond de gel envisagé d'une large partie des pensions de base en 2027, les partenaires sociaux ont cette fois multiplié les échanges préparatoires depuis la fin de l'été.
Leur marge de manœuvre est limitée: s'ils parviennent à s'entendre, la hausse sera forcément comprise entre 1,2% et 1,9%.
Les règles de l'Agirc-Arrco prévoient que les pensions soient légèrement sous-indexées (de 0,4 point) par rapport à l'inflation, estimée par l'Insee à 2% en 2026.
Le conseil d'administration peut, en fonction de la santé du régime, élever ce taux jusqu'à l'inflation ou lui retrancher 0,4 point supplémentaire, mais sans jamais dépasser l'augmentation du salaire moyen, estimée cette année à 1,9%.
L'an dernier, l'incapacité des cogestionnaires à se mettre d'accord, sur fond de tensions liées à la suspension de la réforme des retraites, avait conduit à une absence totale de revalorisation, et ébranlé la confiance accordée aux partenaires sociaux pour administrer des dispositifs aussi importants. L'Agirc-Arrco est régulièrement présenté comme un modèle de paritarisme.
A six mois de l'élection présidentielle, les organisations syndicales et patronales, qui cherchent à relancer un dialogue social autonome, indépendant de l'Etat, jouent gros ce mercredi.
- "Pas un luxe" -
"Il faut que les retraités puissent vivre dignement. Cette revalorisation n'est pas un luxe, quand on voit ce que coûte un loyer, les courses qui augmentent, les charges... Nous n'avons pas en France uniquement des retraités propriétaires avec une retraite énorme", a plaidé, dans la manifestation parisienne, Pauline Laby-Leclercq , secrétaire régionale de l'UNSA.
"Quand vous avez eu zéro en 2025", et que le gouvernement prévoit dans son budget d'économiser 5,5 milliards d'euros sur les retraites "en gelant ou sous-indexant les pensions de base" en 2027 (pour ceux qui touchent plus de 1.260 euros), une hausse inférieure à l'inflation serait "inacceptable", a aussi jugé Cathy Tran-Phung-Co, secrétaire générale de l'UCR-CGT.
Accusé par les syndicats d'avoir fait capoter les discussions l'an dernier, en proposant une hausse de 0,2% et campant sur ses positions, le Medef "doit faire un effort", ont réclamé les manifestants.
De son côté, le Medef appelle à "faire preuve de responsabilité" pour "préserver durablement le régime", refusant "d'occulter le contexte", notamment "la dégradation" des indicateurs économiques et des finances publiques.
Pour chaque décision, les gestionnaires évaluent l'impact à long terme: ils doivent s'assurer de garder en réserve "six mois de versements" disponibles, à tout moment sur 15 ans.
Les réserves atteignent aujourd'hui plus de 90 milliards d'euros, soit dix mois de versements.
Avec plus de 100 milliards versés chaque année, une revalorisation de +1% équivaut à un milliard d’euros de dépense supplémentaire, qui s'ajoute à la hausse "naturelle" des dépenses, due au vieillissement de la population, d'environ 1,5 md d'euros par an, selon une source au sein du conseil.
Tous les quatre ans, les partenaires sociaux renégocient les règles de pilotage pour garantir l'équilibre à long terme. Le dernier accord signé en 2023 couvrait initialement la période 2023-2026 mais restera en vigueur jusqu'après l'élection présidentielle.
De nouvelles négociations, à l'automne 2027, permettront de paramétrer la période 2027-2030.
M.Vacanti--INP