Le dirigeant birman attendu en Malaisie après le renvoi d'un premier contingent de migrants
L'ancien chef de la junte birmane Min Aung Hlaing, devenu président, est attendu mercredi à Kuala Lumpur, a annoncé la Malaisie, après que le pays a commencé à renvoyer des migrants birmans.
Cette visite de deux jours intervient à la suite du renvoi par la Malaisie d'un premier groupe de près de 1.500 migrants birmans, arrivé en Birmanie dimanche.
Kuala Lumpur avait annoncé en juillet le rapatriement de 5.000 ressortissants birmans, suscitant des inquiétudes quant à un éventuel retour de Rohingyas persécutés en Birmanie.
Le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim "aura des discussions avec le président Min Aung Hlaing sur des questions bilatérales essentielles, notamment le rapatriement volontaire, digne et sécurisé des ressortissants birmans de tous les groupes ethniques qui se trouvent illégalement en Malaisie ", a indiqué le ministère malaisien des Affaires étrangères dans un communiqué mardi.
Les autorités malaisiennes n'ont pas précisé combien de Rohingyas figuraient parmi les personnes renvoyées la semaine dernière. Mais cette minorité musulmane constitue la majorité des réfugiés et demandeurs d'asile birmans en Malaisie, selon l'ONU.
Les dirigeants se pencheront également sur "les efforts en cours menés dans le cadre des mécanismes de l'Asean", l'Association des pays d'Asie du Sud-Est, en faveur de la paix en Birmanie, a ajouté le ministère.
- "Hostilité croissante" -
Les médias d'État birmans ont annoncé lundi que Naypyidaw avait rapatrié près de 10.000 migrants de Malaisie cette année.
M. Anwar a souligné que la Birmanie devait "garantir un traitement adéquat à son propre peuple" pour éviter toute violation des droits humains. "Mais nous encourageons tout pays qui souhaite rapatrier ses ressortissants depuis notre pays", a-t-il souligné.
Ces renvois de Birmans interviennent dans un contexte "d'hostilité croissante, de rhétorique discriminatoire et d'attaques en ligne" contre les Rohingyas en Malaisie, pays à majorité musulmane, selon la commission des droits de l'homme de Malaisie.
La Malaisie accueille plus de 215.000 réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés auprès de l'agence des Nations unies pour les réfugiés, dont plus de 126.000 Rohingya venus de Birmanie, la principale communauté de réfugiés du pays.
L'ONU et des organisations de défense des droits humains ont critiqué ces renvois, craignant que les Rohingyas ne soient confrontés à une nouvelle vague d'attaques en Birmanie, où la pleine citoyenneté leur est refusée.
Les militants des droits humains considèrent Min Aung Hlaing comme le principal architecte de la répression contre ce groupe, qui avait débuté en 2017, et que la Cour internationale de justice considère comme un possible génocide.
Min Aung Hlaing a quitté en avril ses fonctions de chef de l'armée pour devenir président, à l'issue d'élections dénoncées à l'étranger comme une manœuvre pour prolonger le régime militaire sous un déguisement civil.
Depuis son élection, Min Aung Hlaing s'est attaché à relancer les relations diplomatiques de la Birmanie, largement marginalisée depuis le coup d'État de 2021.
L'Asean avait exclu la plupart des dirigeants de la junte de ses sommets mais les analystes avertissent que ce consensus se fissure, un nombre croissant de pays ayant accueilli l'ancien chef de la junte.
La Malaisie sera le cinquième pays du bloc de onze membres à l'accueillir depuis son élection, après la Thaïlande, le Laos, le Vietnam et le Cambodge. Le dirigeant s'est aussi rendu en Chine, principal soutien de la junte selon les experts, ainsi qu'en Inde et en Russie.
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E.Scozzafava--INP