Conflits et carburant: Macron dresse le tableau d'une crise durable, des candidats réclament des aides "massives"
Emmanuel Macron a dressé vendredi un sombre tableau de la menace "hybride" russe et de la crise des prix du carburant liée au conflit au Moyen-Orient, après avoir reçu les candidats à sa succession qui ont souvent déploré l'absence d'aides plus "massives" pour soutenir le pouvoir d'achat des Français.
Face à une colère sociale qui monte, à des appels à la mobilisation qui se multiplient et à des opposants qui reprochent au gouvernement de ne pas en faire assez pour aider les Français, le chef de l'Etat a martelé devant la presse que l'inflation énergétique était "due intégralement aux guerres et à la situation internationale" que "nous subissons".
Il a demandé au gouvernement d'"évaluer" et si besoin "adapter" les aides ciblées pour compenser très partiellement la flambée du prix à la pompe.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu tiendra des réunions lundi qui pourraient déboucher sur de nouveaux dispositifs.
Mais Emmanuel Macron a prévenu que les finances publiques dégradées de la France lui liaient largement les mains. Il a donc longuement plaidé pour son action internationale visant à "traiter les causes" de la hausse des prix (sécurisation des approvisionnements, recherche de nouvelles routes pour acheminer le pétrole depuis le Moyen-Orient, convocation d'un G7 sur l'énergie...), plutôt que de "dépenser le maximum d'argent", ce qui se traduit "soit en déficit accru, soit en impôts".
La réunion à huis clos, dans la nouvelle salle de crise Vega de la présidence, avait auparavant permis de partager avec les candidats à l'Elysée, ou leur bras droit, les informations confidentielles du renseignement français sur ces crises.
A la sortie, après 2H45 d'échanges, plusieurs opposants à Emmanuel Macron ont déploré une réponse insuffisante sur les carburants.
Candidat via la primaire sociale-démocrate, Raphaël Glucksmann a appelé à des "aides beaucoup plus massives" pour contrer la hausse des prix du carburant, face à une situation "intenable" et "socialement explosive".
Jordan Bardella, président du Rassemblement national qui représentait sa candidate Marine Le Pen, a estimé que "la question du pouvoir d'achat" avait "été malheureusement balayée par le gouvernement". "Le président n'a apporté aucune réponse" sur ces questions, a-t-il dit.
Sans baisse des taxes sur les carburants, il y a "un risque de blocage de l'économioe", a appuyé depuis l'Aude la candidate RN Marine Le Pen.
Tous les participants ont rapporté que les services de l'Etat s'attendent à ce que ces crises "durent" encore longtemps.
La Russie est accusée de mener des opérations hybrides en Europe pour tester les Occidentaux.
Le président a dit avoir demandé la préparation d'un "plan de protection de nos infrastructures critiques" face à ces attaques ayant déjà touché plusieurs pays. "Nul n'est à l'abri", mais "ça ne restera pas sans réponse", a-t-il mis en garde, sans en dire plus sur une éventuelle riposte.
Il a toutefois assuré que cela ne va pas "casser l'effort de soutien aux Ukrainiens", même si certains candidats, dont Marine Le Pen, favorite des sondages, estiment que l'argent manque pour continuer à aider Kiev comme actuellement.
Le candidat Horizons Edouard Philippe, à sa sortie de la réunion, a affirmé que le chef de l'Etat avait été "très clair sur la nécessité de continuer à faire passer des messages à la Russie" sans "rentrer dans une belligérance" avec elle.
Marine Tondelier, la candidate écologiste, a elle évoqué "des raisons d'être très inquiet" concernant les "entreprises de déstabilisation" de Moscou.
Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains) et Olivier Faure (PS) étaient également présents, tandis que Manuel Bompard représentait La France insoumise à la place du candidat Jean-Luc Mélenchon.
Le président Macron était flanqué durant la réunion des chefs du renseignement, des autorités militaires et du directeur général de l'énergie, pour partager avec ceux qui ambitionnent de lui succéder aux manettes de l'Etat "des informations confidentielles dont seul le président dispose", explique une source au sein de l'exécutif.
S.Urgo--INP