Le Congrès américain s'en prend aux centres de données, en plein débat sur l'IA
La Chambre américaine des représentants doit étudier mercredi un texte qui vise les coûts liés à la construction de centres de données, au moment où le boom de l'intelligence artificielle provoque un débat politique majeur sur ces infrastructures énergivores.
A moins de deux mois des élections législatives de mi-mandat, républicains et démocrates sont déterminés à se montrer à l'initiative, même si le texte présenté n'apporterait pas de changement dans l'immédiat.
Soutenue par les deux partis, la proposition de loi prévoit l'obligation, pour chacun des Etats américains, d'envisager de nouvelles régulations pour s'assurer que les entreprises derrière les plus grands centres de données paient bien les coûts supplémentaires provoqués par une hausse de la demande en électricité.
La hausse des factures liée en partie à ces data-centers vient s'ajouter à l'inflation des prix à la pompe, participant à une inquiétude croissante sur le coût de la vie qui pourrait peser dans les urnes le 3 novembre.
Sur l'un des réseaux électriques du pays couvrant 67 millions de foyers, la poussée de la demande en énergie due aux nouveaux centres de données a provoqué une explosion (+174%) du coût total sur le réseau - sans forcément qu'une telle flambée ne se répercute immédiatement sur les ménages.
La question du coût de l'énergie n'est qu'un des multiples griefs portés par les collectifs d'habitants opposés à ces projets, des groupes qui se multiplient à travers le pays. Ils interrogent aussi l'impact des centres de données sur la ressource en eau, la pollution de l'air ou le bruit et critiquent les niches fiscales dégotées par les géants de l'IA pour construire ces immenses hangars à serveurs.
- Mains libres -
Au Texas, le centre de données près de chez Melissa Burnett bourdonne "comme un train de marchandises en approche", a récemment raconté à l'AFP cette habitante.
Pourtant, Donald Trump a pris fait et cause pour ce boom industriel. Le président américain affirme que le développement de l'IA, et donc des centres de données, ne doit pas être ralenti, au risque d'une perte de l'avance stratégique des Etats-Unis sur la Chine.
Son gouvernement préfère laisser les mains libres aux industriels et avait annoncé en avril que sept géants du secteur avaient accepté de compenser eux-mêmesq l'augmentation de leurs besoins en électricité par le biais d'investissements dans les infrastructures énergétiques.
En attendant, poussé par les colères locales, la question d'une meilleure régulation de la construction de centres de données s'impose dans de nombreuses élections à travers le pays.
Dans plus d'une vingtaine de scrutins à travers 18 Etats, des candidats des deux partis ont utilisé des publicités à la télévision mentionnant ces data-centers cette année, selon des données marketing citées par plusieurs médias américains fin août.
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Au Texas, le gouverneur Greg Abbott a, comme de nombreux autres élus en campagne pour leur réélection, changé d'avis et gelé deux nouveaux projets de centres de données, en attendant des études d'impact.
Dans l'Ohio, où les coûts de l'énergie ont explosé, le candidat démocrate Sherrod Brown a fait diffuser au moins quatre spots publicitaires accusant son rival républicain d'avoir voulu attirer, comme vice-gouverneur, de nouveaux centres dans cet Etat.
Par ailleurs, la série d'incidents de sécurité impliquant des modèles avancés d'IA a poussé les parlementaires à avancer des propositions.
Un projet de loi au Congrès imposerait aux géants de l'IA de pouvoir débrancher leurs modèles à tout moment, tandis que d'autres parlementaires, venus des deux bords, appellent à la tenue rapide d'auditions parlementaires pour réfléchir à la mise en place de garde-fous.
Dans un sondage publié par Politico mercredi, 48% des Américains sont favorables à une pause du développement des modèles d'IA.
T.Cusumano--INP