Nvidia rachète la plateforme IA franco-américaine Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars
Le géant américain des semi-conducteurs Nvidia va prendre le contrôle de la plateforme franco-américaine d'intelligence artificielle (IA) Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars.
L'opération, rapportée dès fin août par le site The Information, est une nouvelle illustration de la diversification du groupe de Santa Clara (Californie), qui se positionne, par participations, acquisitions ou garanties, dans tout l'écosystème de l'IA.
"Je suis honoré que Clem (le co-fondateur et patron Clément Delangue) soit venu me voir au moment d'aborder le prochain chapitre et ait pensé que Nvidia pourrait être une belle maison pour la société", a expliqué Jensen Huang, le patron de Nvidia, dans une lettre publiée sur le site de son groupe.
Le prix de rachat représente un bond par rapport à la valorisation de 7 milliards de dollars qui avait servi de base à de premières négociations avec Nvidia, fin 2025, évoquées par le Financial Times.
L'entreprise californienne avait alors proposé d'injecter 500 millions de dollars au capital de ce site qui offre l'accès à un très large éventail de modèles IA.
Créé en 2016 à New York par trois Français, Hugging Face, dont le nom est inspiré d'un émoji, se présente comme "la communauté IA qui construit l'avenir".
Il se veut un vecteur de popularisation des modèles dits ouverts ("open-source" ou "open-weight"), c'est-à-dire téléchargeables et modifiables, par opposition aux modèles fermés comme ceux d'OpenAI ou Anthropic.
Hugging Face offre la bibliothèque la plus étendue au monde de modèles ouverts accessibles gratuitement. Ses revenus proviennent de services d'hébergement, de puissance de calcul et d'interfaces logicielles pour gérer l'utilisation de l'IA.
L'émergence des agents IA, programmes capables de réaliser des tâches de façon autonome, d'évaluer le résultat et d'y apporter des modifications, a démultiplié les besoins de puissance de calcul et les coûts associés.
Pour éviter de faire exploser leur facture, de plus en plus d'entreprises et développeurs informatiques se tournent vers les modèles ouverts, souvent moins chers que l'IA fermée.
Après que les Etats-Unis se soient désintéressés un temps de ces modèles ouverts, le secteur a de nouveau accéléré sur ce créneau ces derniers mois, en partie pour proposer une alternative à l'IA chinoise, ouverte pour l'essentiel et très performante.
Ces facteurs ont augmenté sensiblement la fréquentation d'Hugging Face, valorisé 4,5 milliards de dollars lors de son dernier tour de table, en 2023.
- "Moment charnière" -
Le site a accédé à la notoriété en juillet après la révélation de l'intrusion, dans ses systèmes, de deux modèles d'OpenAI, lors d'une phase de test.
Les deux IA se sont échappées de leur milieu confiné pour accéder à internet et sillonner les coulisses d'Hugging Face pour y trouver des réponses aux questions soumises par les développeurs d'OpenAI.
L'affaire a avivé les craintes autour du contrôle des modèles, d'autant que des incidents similaires ont été rapportés chez Anthropic et le Chinois Moonshot AI.
Générant chaque trimestre des dizaines de milliards de trésorerie, Nvidia a choisi de l'investir dans des acteurs technologiques, en particulier des start-up, pour soutenir le développement de l'IA.
La société entend notamment encourager l'épanouissement d'un écosystème d'IA ouverte aux Etats-Unis et a mis au point son propre modèle en accès libre, Nemotron.
"Au fil des années, (les trois co-fondateurs) Clem (Clément Delangue), Julien (Chaumond) et Thomas (Wolf) ont bâti quelque chose de remarquable: un lieu vivant pour la communauté des développeurs de modèles ouverts", a estimé Jensen Huang.
La participation des trois entrepreneurs dans la société n'est pas publique.
Le dirigeant a assuré que Hugging Face "(resterait) une plateforme ouverte pour l'écosystème IA tout entier", répondant ainsi aux craintes de certains de voir le site perdre une partie de son indépendance et son ADN.
"l'+open-source+ est à un moment charnière", a fait valoir Clément Delangue sur X. "Grâce à la communauté (des développeurs), nous avons montré qu'il peut être un complément, voire une alternative, aux modèles fermés."
"Mais pour que le mouvement prenne de l'ampleur", a-t-il poursuivi, "il faut plus de puissance de calcul, plus de soutien, de collaboration et de visibilité. C'est pour cela que nous sommes allés parler à Jensen, qui a proposé tout cela."
F.Criscuolo--INP