Royaume-Uni : Le marché automobile britannique devient un refuge pour les constructeurs chinois
Face à un effondrement de 20 % des ventes intérieures en Chine, les constructeurs automobiles chinois se tournent vers le Royaume-Uni. Grâce à des réglementations flexibles et l'absence de barrières tarifaires, des marques comme BYD et Omoda-Jaecoo dominent désormais une part croissante du marché britannique, transformant ce dernier en un débouché vital pour l'industrie chinoise.
En 2026, le paysage de l'industrie automobile mondiale présente un contraste saisissant. Tandis que le marché intérieur chinois traverse une crise profonde marquée par un effondrement des ventes, le Royaume-Uni s'impose comme un refuge stratégique pour les constructeurs asiatiques. Cette dynamique inverse, qui voit les concessions britanniques se remplir pendant que les showrooms chinois se vident, révèle comment les choix politiques londoniens ont paradoxalement servi les intérêts de l'industrie chinoise.
Les données récentes confirment l'ampleur du recul en Chine. Selon la China Passenger Car Association (CPCA), les ventes de voitures particulières ont chuté de 20 % au cours des sept premiers mois de 2026. Ce déclin correspond à une perte de près de 2,5 millions de véhicules par rapport à la même période de l'année précédente. Bien que les ventes en gros aux concessionnaires aient été moins touchées, avec un recul de seulement 5,4 %, l'écart entre la production et la demande intérieure a été comblé par une explosion des exportations. En juillet 2026, alors que le marché domestique vendait environ 1,47 million de voitures en baisse de 21,1 % sur un an, les expéditions à l'étranger ont bondi de 88,2 %, atteignant 923 000 unités. Les véhicules électriques et hybrides rechargeables ont connu une progression encore plus forte, avec une hausse de 147,8 % des exportations.
Pour les groupes chinois tels que BYD, Chery, MG ou Jaecoo, le Royaume-Uni est devenu l'un des marchés les plus accueillants. Les chiffres d'immatriculation illustrent cette percée rapide. Début juin 2026, 138 856 voitures d'origine chinoise avaient déjà été enregistrées au Royaume-Uni, représentant près de 15 % du marché total et plaçant la Chine au deuxième rang des pays fournisseurs derrière l'Allemagne. La part des marques détenues par des groupes chinois a atteint 18 % en avril 2026, pour grimper à 19,1 % en juillet sur le seul mois. Sur la période janvier-juillet, elles ont écoulé plus de 200 000 véhicules, soit 17,7 % du marché. Deux acteurs majeurs, BYD et Omoda-Jaecoo, ont franchi chacun la barre symbolique des 100 000 ventes au Royaume-Uni en un temps record.
Cette réussite s'appuie sur un environnement réglementaire favorable créé par Londres. Face à l'incertitude post-Brexit, le gouvernement a cherché à sécuriser les échanges avec l'Union européenne. Le 21 décembre 2023, une prolongation des règles d'origine pour les véhicules électriques jusqu'à fin 2026 a permis d'éviter des droits de douane de 10 %, générant selon les estimations officielles jusqu'à 4,3 milliards de livres d'économies pour l'industrie. L'objectif affiché était de protéger les sites de production locaux et de contenir les prix.
Au printemps 2025, le gouvernement dirigé par Keir Starmer a ajusté le ZEV Mandate, imposant la fin des ventes de voitures thermiques neuves pour 2030, avec une tolérance pour les hybrides jusqu'en 2035. Ce cadre s'accompagne d'un plan d'aide de 2,3 milliards de livres pour soutenir l'industrie et les infrastructures de recharge. Cette flexibilité sur la trajectoire des ventes électriques a profité aux constructeurs installés au Royaume-Uni.
Le marché britannique offre également un avantage concurrentiel décisif : l'absence de surtaxes spécifiques sur les voitures chinoises. Alors que les États-Unis taxent certaines voitures électriques chinoises à 100 % et que l'Union européenne peut appliquer des droits allant jusqu'à 35 %, le Royaume-Uni reste une porte d'entrée privilégiée. Avec environ 25 % des immatriculations à fin juillet 2026 constituées de véhicules électriques, la quasi-totalité de cette croissance profite aux groupes chinois positionnés sur des modèles abordables. Pour les constructeurs basés en Chine, le Royaume-Uni constitue un débouché rare, riche et tourné vers l'électrique, permettant d'absorber une production nationale en sursaturation.
F.S.Ferrari--INP