Canicule: la vigilance rouge recule, les hôpitaux restent sous pression
Hôpitaux sous tension, mortalité en hausse, annulations d'événements culturels et sportifs: malgré une baisse progressive des températures qui s'annonce et de nouveaux départements qui vont sortir de la vigilance rouge, la canicule, d'ampleur exceptionnelle, dure en France comme en Europe et ses conséquences sanitaires commencent à se faire ressentir.
Signe d'un début de reflux, Météo-France a annoncé dans son bulletin de 16H00 que 50 départements seraient placés en vigilance rouge canicule samedi, onze de moins que vendredi, avec une rétrogradation prévue de la vigilance rouge vers l'orange pour 17 nouveaux départements dans la soirée de samedi.
Malgré la lente amélioration, à la faveur d'un "air plus frais" qui arrive par l'ouest, "nous ne serons pas encore sortis de l'épisode de canicule dans le sud-est. De très fortes chaleurs devraient résister en première partie de semaine", a indiqué la prévisionniste.
Vendredi, la chaleur s'est accentuée dans le nord-est: les 40°C ont été dépassés sur la Bourgogne, Champagne-Ardennes, la Lorraine et l'Alsace, y compris le Bas-Rhin qui enregistre le premier 40°C de son histoire.
La mer est aussi touchée: l'ensemble des façades maritimes de France ont été frappées cette semaine par des vagues de chaleur marine, avec des anomalies de températures particulièrement élevées dans le Golfe de Gascogne et la Méditerranée, selon le chercheur Thibault Guinaldo.
Les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, causé principalement par la combustion d'énergies fossiles par les humains.
- Patients "jeunes" -
Malgré la lente amélioration, cabinets de médecins ou services de secours étaient sous pression vendredi.
A la mi-journée, le ministère français de la Santé s'est dit "préoccupé par la survenue de décès à domicile sur l'ensemble du territoire", sans pouvoir toutefois donner de chiffres.
Plus tôt, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait déclaré que la vigilance se concentrait "particulièrement sur les personnes isolées à leur domicile", appelant chacun à la "solidarité".
Aux urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou, un des principaux hôpitaux parisiens, la situation est "extrêmement grave" et sous forte tension, a également alerté vendredi le chef des urgences Philippe Juvin sur BFMTV/RMC.
"La plupart des patients graves" admis depuis jeudi sont "jeunes, ils ont entre 30 et 50 ans", a dit à l'AFP le Dr Jérôme Cuny, responsable adjoint du Samu du Nord.
"Ça nous a un petit peu surpris (...) d'où l'intérêt de passer des messages de prévention, même pour les patients moins âgés, de prendre contact avec ses proches", souligne le médecin.
Selon Matignon, "la pression hospitalière se prolongera plusieurs jours".
Le maire PS de Paris Emmanuel Grégoire a évoqué une "mortalité en hausse" dans la capitale, sans précision chiffrée.
En prévision de températures encore brûlantes et pour préserver le système de santé, des événements sont reportés ou annulés comme la Marche des fiertés LGBT+ initialement prévue à Paris et à Lyon samedi ou les courses "We run" à Paris, tout comme le festival de musique Solidays.
- "Ça déshydrate" -
Certaines villes comme Paris prennent également des mesures d'interdiction de consommation et de vente d'alcool, notamment en prévision du match de l'équipe de France dans la soirée.
Plus de 850.000 collégiens ont passé des épreuves du brevet vendredi. Parfois, il faisait "30 degrés à peu près" dans les salles d'examen comme à Marseille, relate Daniel, avec des ventilateurs "qui faisaient plus de chaud qu'autre chose". Mais "on a eu une pause avec des chariots dans les couloirs avec des verres pour boire de l'eau et on avait nos gourdes majoritairement", explique Maëlys, 15 ans, qui a passé l'examen à Rennes.
Face à un bâti scolaire largement inadapté aux épisodes de canicule, plus de 130 millions d'euros ont été annoncés vendredi par EDF, la Banque des Territoires, la Banque Postale et le gouvernement pour financer en urgence des systèmes de rafraîchissement et des travaux dans les écoles.
La chaleur extrême occasionne aussi des perturbations de la distribution électrique, avec 24.000 personnes privées e courant vendredi après-midi, essentiellement dans les Yvelines, en Gironde et dans les Hauts-de-Seine, selon Enedis.
En Suisse, la centrale nucléaire de Beznau a été mise à l'arrêt vendredi après-midi pour éviter un réchauffement excessif des eaux de la rivière qui refroidissent ses réacteurs.
Au-delà de l'Hexagone, au moins 150 millions de personnes en Europe devraient avoir subi des températures de plus de 35°C vendredi, selon une analyse de l'AFP.
Au moins 212 décès pouvant être attribués à la vague de chaleur ont été recensés de dimanche à mercredi en Espagne, contre 98 à la même période en 2025, selon des données publiées par l'Institut de santé Carlos III à Madrid.
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Q.Bernardi--INP