Procès OpenAI: Musk se défend de ressembler à ceux qu'il poursuit
Elon Musk s'est retrouvé jeudi contraint d'expliquer en quoi sa propre commercialisation de l'IA ne "volait" pas plus l'humanité et ne faisait pas courir les mêmes dangers que celle des propriétaires de ChatGPT, accusés d'avoir abandonné leur vocation philanthropique initiale.
"Mes réponses ne peuvent pas être complètes si vous me coupez la parole tout le temps", s'est agacé le multimilliardaire en reprenant jeudi matin son âpre duel avec l'avocat de la défense, interrompu la veille au procès qu'il a obtenu contre OpenAI devant un tribunal civil à Oakland, près de San Francisco.
La juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui doit trancher si OpenAI a oui ou non trahi sa vocation non lucrative d'origine, a dû intervenir à plusieurs reprises pour contraindre l'homme le plus riche du monde à répondre sans détour.
Accusé par la magistrate de jouer au juriste en se plaignant des questions "orientées" de la partie adverse, l'incontrôlable capitaine d'industrie de la tech a dû concéder: "Je ne suis pas avocat. Mais bon, j'ai quand même suivi le cours introductif de droit à la fac", a-t-il répondu, un sourire impertinent aux lèvres qui a déclenché les rires de la salle.
Bienfaiteur des fondateurs d'OpenAI, auquel il a donné 38 millions de dollars lors de leurs débuts en 2015-2017, Elon Musk accuse le patron Sam Altman et son associé Greg Brockman d'avoir trahi la mission d'utilité publique de la start-up en la transformant en société commerciale valorisée à plus de 850 milliards de dollars, et désormais prête à entrer en Bourse.
Il demande le retour d'OpenAI, qui rivalise avec Anthropic en tête de la compétition mondiale sur l'IA, au statut d'association à but non lucratif dans un procès dont l'issue pourrait reposer la question de la gouvernance de la technologie aux États-Unis.
- Terminator -
Méthodiquement, l'avocat d'OpenAI, Bill Savitt, a tenté de démontrer qu'Elon Musk ressemblait trait pour trait à ce qu'il dénonce : toutes ses entreprises -- Tesla, Neuralink, X et sa propre société d'IA xAI récemment absorbée dans SpaceX -- sont à but lucratif, et l'entrepreneur lui-même les présente comme bénéfiques pour l'humanité.
"Il n'y a rien de mal à diriger une entreprise lucrative", s'est défendu l'homme d'affaires, sous-entendant qu'OpenAI n'avait qu'à emprunter cette voie dès le départ et ne pouvait pas changer d'objectif en cours de route. "Vous ne pouvez simplement pas voler une organisation caritative", a-t-il répété, martelant le terme "charity" plutôt que "non-profit" (organisation à but non lucratif).
Pour contrer cet argumentaire, l'avocat de l'entreprise a minutieusement conduit Elon Musk vers son initiative de février 2025, lorsque ce dernier a constitué un consortium d'investisseurs pour racheter les actifs d'OpenAI pour 97 milliards de dollars.
"Ils étaient en train de voler une organisation caritative et nous devions les arrêter", s'est défendu Musk, admettant qu'il n'avait pas prévu de restituer ces actifs à une structure non lucrative ou de transformer ChatGPT en logiciel libre.
"Dans le pire des cas, l'IA nous tuerait tous, j'imagine", a de nouveau sorti Elon Musk, sourire en coin, en saisissant une perche de son avocat pour invoquer le scénario du film Terminator.
La juge a pourtant prohibé de parasiter les débats par l'évocation des menaces existentielles de l'IA: "Je trouve ça ironique que votre client, malgré ces risques, soit en train de créer une entreprise dans exactement le même domaine", a-t-elle déclaré à l'avocat de Musk au début de l'audience.
Entamé mardi, le témoignage d'Elon Musk s'est conclu jeudi, mais il pourrait être rappelé à la barre d'ici mi-mai.
Sam Altman, son ancien protégé devenu ennemi mortel, n'a rien perdu jeudi de ces échanges et a quitté dans la foulée la salle où son témoignage est attendu la semaine prochaine ou la suivante.
Greg Brockman le précédera sur le siège des témoins de ce procès, dont la décision sur le fond est attendue mi-mai.
M.Vacanti--INP