Recherche en ligne: Google lance ses résumés par IA en France, la presse inquiète
Le jour que redoutait la presse est arrivé: Google lance mercredi en France ses résumés de résultats de recherche en ligne rédigés par l'intelligence artificielle (IA), qui font craindre aux médias une baisse du trafic sur leur site, et donc de leurs revenus.
Les utilisateurs verront s'afficher au-dessus de certains résultats quelques lignes de réponse grâce à cet outil baptisé "Aperçu IA", qui arrive accompagné d'un "mode IA" consistant en une recherche conversationnelle permettant à l'utilisateur de dialoguer avec le moteur de recherche.
Lancées dans de nombreux pays en 2024 et 2025, y compris européens, ces fonctionnalités arrivent finalement en France car "il y avait des blocages de régulation qui étaient là, qu'on pense avoir levés", a expliqué à l'AFP le directeur général de Google en France, Sébastien Missoffe, évoquant une "grande révolution pour les utilisateurs".
Confronté à l'essor des outils d'IA conversationnelle depuis le lancement de ChatGPT fin 2023, le premier moteur de recherche mondial tente d'éviter une fuite de ses utilisateurs vers des outils devenus des concurrents.
"C'est vraiment la volonté des utilisateurs de ne pas multiplier ces différentes plateformes", selon le dirigeant de la filiale française.
La stratégie semble payer: Alphabet, maison mère de Google, avait indiqué dans ses résultats financiers du premier trimestre que les recherches en ligne atteignaient un "niveau historique".
- Risque pour les médias -
Mais cette évolution s'accompagne d'un risque pour les médias de voir leur audience diminuer, si les utilisateurs se contentent de lire le résumé des résultats de recherche sans cliquer sur les articles.
D'après une étude publiée par le Pew Research Center en juillet 2025, les internautes sont deux fois moins nombreux à cliquer sur un lien de résultat lorsqu'ils disposent d'un résumé par IA.
"Le jour où Google lance +Overview+ (nom d'"Aperçu IA" en anglais), on perd 30%" de trafic venant de Google, s'était inquiété il y a peu un patron de presse régionale auprès de l'AFP, sous couvert d'anonymat.
L'arrivée de ces nouvelles fonctionnalités pourrait ouvrir une négociation entre le groupe américain et les médias français sur leur rémunération, alors que le secteur est en souffrance.
"Nous déplorons qu'il n'y ait pas eu de négociation préalable avant ce lancement", a indiqué à l'AFP l'Apig, alliance qui regroupe près de 300 quotidiens.
"Les éditeurs ont été mis devant le fait accompli", a renchéri Jean-Marie Cavada, président de l'organisme collectif DVP (Droits voisins de la presse).
Face à ce "risque existentiel", le CPA (syndicat du marketing numérique), le GESTE (association des éditeurs numériques) et le Spiil (Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne) ont dit vouloir "mesurer finement" l'effet de ces outils sur leur trafic, et promis "des réponses collectives graduées".
Le secteur des médias est déjà touché par des baisses de revenus (abonnements, publicité...) et des plans de suppressions d'emplois, de Prisma Media (Capital, Femme Actuelle, Voici...) à Centre France et Ebra (Le Progrès, les Dernières nouvelles d'Alsace...).
- Possibilité de refus -
En France, Google a conclu des accords avec 450 éditeurs de presse sur les droits voisins au droit d'auteur, qui permettent aux journaux, magazines ou agences de presse de se faire rémunérer lorsque leurs contenus sont utilisés par les géants du numérique.
En mars 2024, L'Autorité de la concurrence lui a toutefois infligé une amende de 250 millions d'euros pour ne pas avoir respecté certains engagements pris lors de la conclusion de ces accords.
Début juillet, Google a envoyé une lettre aux médias français les informant du lancement des nouvelles fonctionnalités cet été. Selon une source proche du dossier, le courrier précise que les résumés par IA ouvriront également droit à une rémunération au titre des droits voisins.
Les médias ont également la possibilité de refuser de faire figurer leurs contenus dans les "Aperçus IA" et le "mode IA", une fonctionnalité introduite le mois dernier et uniquement déployée au Royaume-Uni et en France pour le moment.
Un tel choix n'impactera pas les résultats de recherche classiques, a assuré le géant américain, qui met en avant des résultats améliorés et plus pertinents pour l'utilisateur.
L'essor de l'IA générative a déjà provoqué de profonds changements économiques pour les médias. Plusieurs acteurs ont noué des partenariats avec des entreprises d'IA, mais certains dénoncent le pillage de leurs contenus.
Ces groupes "volent effrontément la propriété intellectuelle" des médias, avait par exemple accusé début juin le patron du journal américain New York Times, Arthur Gregg Sulzberger.
I.Altadonna--INP