Logement : les manifestants à Madrid déterminés à "maintenir la pression" sur le gouvernement
Après deux nuits à camper dans le centre de Madrid, les militants pour le logement entendent lundi "maintenir la pression" sur le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez, auquel ils réclament une nouvelle loi plus protectrice, sur fond d'explosion des prix en Espagne.
Le Premier ministre, vivement critiqué jusque dans son camp pour ne pas avoir réussi à contenir la hausse des prix à l'achat et à la location depuis son arrivée au pouvoir en 2018, doit présenter mardi un nouveau texte, sans garantie toutefois de le voir adopté au Parlement, où il n'a pas de majorité.
"Nous vivons une situation grave en ce moment en Espagne", estime la jeune femme qui n'a pas souhaité donner son nom de famille, appelant à "cesser de faire passer en priorité le capital et les fonds d'investissement avant les personnes".
Elle raconte n'avoir dormi que "cinq heures" aux côtés de son amie Violeta. Toutes deux se lèvent tranquillement, entourées de plusieurs dizaines de militants et manifestants, en grande majorité de jeunes adultes.
- Touristes interloqués -
Sous le regard interloqué de touristes qui immortalisent la scène avec leur téléphone, et sans présence policière, certains militants distribuent sous un ciel gris des churros et des petits sandwiches pour le petit-déjeuner.
L'installation samedi soir de ce campement sur l'emblématique Puerta del Sol, déjà occupée en 2011 par les Indignés protestant contre l'austérité et la corruption après la crise de 2008, s'est faite en réaction à l'expulsion de Maricarmen Abascal, une Madrilène de 87 ans obligée de quitter l'appartement où elle résidait depuis 70 ans, après son rachat par une société immobilière.
Ces images ont fait l'effet d'un électrochoc dans le pays et remis la crise du logement en Espagne sur le devant de la scène, à l'approche des législatives de 2027.
"Plus une seule Maricarmen", ont ainsi écrit les manifestants sur la Puerta del Sol en référence à cette octogénaire hospitalisée depuis son expulsion.
"Je vous demande à tous du courage, de vous battre, de défendre ce qui est à nous", a-t-elle lancé dans une vidéo publiée dans la nuit sur X par le syndicat des locataires espagnols. "Tenez bon !"
Beatriz Blanco, une travailleuse indépendante de 37 ans, raconte à l'AFP avoir été confrontée à une situation similaire dans son entourage : "J'ai une amie dont la mère de 65 ans a dû retourner vivre avec elle parce qu'elle ne pouvait plus payer son loyer qu'on venait de lui augmenter..."
- Des prix "délirants" -
Elle déplore des prix immobiliers "complètement délirants" partout dans le pays : "C'est une situation complètement insoutenable", enchaîne-t-elle, se disant prête à rester au sein du campement "encore cette nuit au moins".
En dix ans, le prix moyen du mètre carré à la location dans le pays a presque doublé, atteignant 15,1 euros/m2 en août, selon le portail immobilier Idealista. À l'achat, il s'établit désormais à 2.355 euros, une hausse de plus de 50% sur la même période, d'après des chiffres officiels.
Le Premier ministre Pedro Sánchez, sous le feu des critiques, est attendu dans l'après-midi à Barcelone, où il doit notamment visiter des logements sociaux. Dans la soirée, une manifestation doit avoir lieu à proximité du Palais des Congrès où il participera à une remise de prix.
Dimanche, il a assuré que son gouvernement travaillait "d'arrache-pied" pour présenter de nouvelles mesures dès mardi, à l'issue d'un Conseil des ministres.
Celles-ci seront scrutées avec attention par l'ensemble des militants et manifestants.
"Il faut envoyer un message fort", martèle auprès de l'AFP Miriam Bue, porte-parole du syndicat des locataires espagnols.
La représentante dit ne "rien" attendre des autorités régionales de Madrid, dirigées par la droite (Parti populaire) et compétentes en matière de logement, mais espère que le gouvernement central de gauche acceptera la proposition de son syndicat d'instaurer "des contrats de location à durée indéterminée", au lieu de la durée de cinq ans actuellement en vigueur.
"Sinon, nous durcirons le mouvement", prévient-elle.
F.M.Buffo--INP