Un comité d'experts IA de l'ONU alerte sur les disparités d'accès
L'accès à l'intelligence artificielle (IA) générative présente de fortes disparités dans le monde, en particulier entre pays des hémisphères nord et sud, souligne un comité d'experts ad hoc de l'ONU dans son premier rapport publié mercredi.
Le comité scientifique international indépendant sur l'intelligence artificielle a été créé en 2024 par une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies.
Il a pour mission de "faire progresser la compréhension scientifique (de l'IA) et de s'assurer que les délibérations (de l'ONU) soient nourries par la meilleure base possible".
Ce premier rapport dresse un état des lieux des avancées de l'IA, ses usages ainsi que ses effets positifs et négatifs.
"L'adoption de l'IA s'est largement accélérée, de façon inégale, sur les plans géographique et sectoriel", écrivent les membres du comité.
"Plus d'un milliard de personnes utilisent l'IA conversationnelle chaque semaine (...) mais l'accès et l'usage varient grandement, le Sud se situant loin derrière le Nord", poursuivent les auteurs du rapport.
Le comité rappelle que le développement de l'IA de pointe est limité à une poignée de pays, pour l'essentiel les Etats-Unis et la Chine, de même que les approvisionnements en puces.
Selon le rapport, 94 des 107 modèles d'IA "d'importance" ont été lancés par des acteurs américains et chinois en 2025, les deux superpuissances concentrant environ 90% des capacités de calcul mondiales.
"Cette concentration des ressources crée un risque d'homogénéisation des connaissances" et des références culturelles, avertit le rapport.
Ce phénomène pourrait ainsi se traduire par une IA dominée par quelques "langues et perspectives, tout en marginalisant les autres", préviennent les membres du comité.
Ils suggèrent des "investissements ciblés", la constitution de bases de données publiques et la déclinaison d'initiatives prises dans le Nord.
Autre piste, l'utilisation de modèles ouverts (téléchargeables et modifiables gratuitement), dit "open-weight" ou "open-source", "plus faciles à modifier et adapter aux contextes locaux".
"Le développement de l'IA est devenu si lourd qu'il pourrait falloir des coalitions de pays" pour mutualiser données, capitaux, puissance de calcul, énergie et informaticiens, selon le comité.
Pour les auteurs, le fonds mondial de dotation IA proposé en février par le secrétaire général Antonio Guterres "pourrait aider".
Dans les régions et pays où les institutions, les données et les compétences sont absentes, l'IA "est susceptible de supprimer des emplois, creuser les inégalités et rendre les populations dépendantes de systèmes conçus en les ignorant", a déclaré Amandeep Singh Gill, envoyé spécial de l'ONU pour le numérique et les technologies émergentes.
E.Accardi--INP