Les assurances à l'assaut des familles monoparentales
Soutien scolaire, accompagnement psychologique, garde d'enfants… Face aux difficultés rencontrées par les familles monoparentales, qui sont près de 2,4 millions en France, les assureurs cherchent à séduire cette nouvelle clientèle en développant des offres adaptées à leurs besoins.
"Le père de mes enfants m'a abandonnée dès leur naissance, j'ai dû m'occuper de tout toute seule", souffle Mama Meïté, qui gère seule l'éducation de ses deux enfants depuis 17 ans. Comme "mon fils avait des difficultés à l'école, j'ai dû arrêter de travailler car je n'avais personne qui pouvait s'en occuper."
En France, la part des familles monoparentales a fortement progressé au cours des dernières décennies. Un quart des familles avec enfants sont aujourd'hui monoparentales et, dans 82% de ces foyers, c'est une femme qui élève seule ses enfants, selon la Fondation des femmes.
Le groupe d'assurances AXA a ainsi développé un programme destiné aux familles monoparentales, après des discussions "avec des associations et avec des parents", explique à l'AFP Alice Holzman, directrice marketing chez AXA.
L'offre destinée, aux parents solo à la suite d'une séparation, comprend 20 heures de garde d'enfants par année, 20 heures de soutien scolaire ainsi qu'un accompagnement psychologique, accessibles seulement "au cours de la première année en tant que parent solo", pendant les 12 mois suivant la séparation, indique un communiqué de l'assureur.
Cette offre est incluse dans les contrats "Accidents de la vie" d'AXA et ouverte à des personnes ayant déjà une assurance auprès de la compagnie.
AXA exige toutefois un justificatif, "une convention de divorce envoyée au notaire, une assignation de l'avocat devant le juge aux affaires familiales ou encore un constat de séparation par un huissier de justice", précise Mme Holzman.
D'autres offres d'assurances existent comme celle de la branche dédiée du Crédit Mutuel, qui propose notamment la gratuité de l'assurance scolaire, à condition de souscrire à une complémentaire santé individuelle auprès du groupe.
AXA met notamment l'accent dans son offre sur le "temps pour soi", afin d'aider les parents qui "ont ce besoin de sortir, d'être seuls, d'avoir du temps et de libérer du temps pour soi", selon la directrice marketing du groupe.
Mais ces offres ne convainquent pas forcément les principales intéressées.
"Souvent, on ne comprend pas ce qu'on nous propose. Je n'ai pas confiance, j'ai peur de me faire arnaquer", estime Mme Meïté.
"Je préfère directement donner 25 euros sur place à une association de soutien aux familles monoparentales qui est claire et transparente, je sais où va mon argent, plutôt qu'aux assurances", ajoute la quadragénaire.
- "Pas d'autre recours" -
Pour lever ces doutes et réfléchir avec AXA à des solutions bien calibrées pour les familles monoparentales, Olivia Barreau, fondatrice de l'association "Moi et mes enfants" créée en 2017, explique avoir mené "deux ans de réflexion, d'échanges, de visites, de discussions avec des familles monoparentales, pour creuser ce qui était nécessaire et utile".
Mais pour certaines mères confrontées à l'isolement, ces aides restent "trop partielles" et ne résolvent pas le problème du manque de temps pour soi.
Car "on vit avec une épée de Damoclès, on sait qu'il n'y a pas d'autre recours que nous-mêmes", témoigne Julie, qui élève seule ses deux enfants depuis neuf ans.
Pour elle, le soutien "devrait plutôt venir du service public", et il n'est "pas normal qu'on ait besoin de passer par une mutuelle".
Hélène Périvier, directrice de recherche à l’Observatoire français des conjonctures économiques, estime que ces initiatives privées ne peuvent en effet constituer qu'un complément aux politiques publiques. "Ce qu'il ne faudrait pas, c'est qu'on pense que ces propositions assurantielles, ça peut être la réponse."
Selon la chercheuse, les familles monoparentales subissent des "politiques structurelles" qui les pénalisent, comme celles notamment liées aux pensions alimentaires, aux prestations sociales et à l'accès aux services publics.
Pour la fondatrice de "Moi et mes enfants", Olivia Barreau, le programme conçu avec AXA ne constitue donc qu'une première étape. "L'objectif, c'est de réussir à porter ces droits au plus haut niveau de l'État et de les faire inscrire dans de nouvelles politiques publiques".
M.Vacanti--INP