La lutte acharnée des pompiers contre les brasiers de la forêt des Landes
"C'est un brûlé qui est encore très chaud", prévient vendredi un officier du Sdis des Landes. C'est la mi-journée et le sol crépite au pied de troncs calcinés à l'entrée de Biscarrosse où, pour protéger la ville, sapeurs-pompiers et forestiers sont à pied d'œuvre.
Doigt sur la carte, le lieutenant François Corbi pointe un magasin de jardinerie : "Dès qu'on voit un point chaud, on y va." Autour, des soldats du feu, hommes et femmes, écoutent les instructions, sueur sur les visages rougis par l'effort et la chaleur pour certains, suie pour d'autres.
"On a pour mission de gérer l'interface forêt-habitations. Deux unités feux de forêt vont, elles, faire le traitement de la lisière", ajoute l'officier.
Les consignes données, les voilà remontés dans leurs camions-citernes.
Derrière eux, dans un magasin de réparation d'électroménager calciné, des fumées s'échappent, le feu couve. Sur le parking ne restent que des carcasses d'appareils carbonisés. La forêt est à quelques mètres de l'entrée et sous les troncs calcinés, des fumerolles s'échappent.
Quelque 500 pompiers luttent depuis plus de 24 heures contre un incendie qui a déjà parcouru 2.600 hectares de pinède. Des maisons ont été détruites, un autre magasin ravagé.
Tandis qu'une unité patrouille à pied dans des ruelles aux maisons vidées de leurs habitants et aux talus d'herbe jaunie par la sécheresse, une autre, motorisée, part en trombe vers Parentis, une autre commune menacée à une dizaine de kilomètres au sud-est.
- "Travail de coupe" -
Des agents de la DFCI (Défense de la forêt contre les incendies) doivent y intervenir, épaulés par des sylviculteurs et des agriculteurs à l'aide de bulldozers, citernes et tracteurs - rares véhicules, hors ceux des secours, à circuler sur les routes.
Après plusieurs heures de tractations, notamment financières, feu vert a été donné par la préfecture.
Il s'agit de réaliser "un travail de coupe", explique Benoît Bodennec, de la DFCI. L'objectif, en prévision des vents d'ouest qui s'annoncent, est de créer "un passage dans le but de réduire le combustible et de provoquer une rupture pour permettre aux pompiers de travailler si le feu arrive".
Sous l'effet du contre-feu qu'ils allument, sur une départementale devenue un désert de gris, un panache noir gonfle et s'élève. De l'autre côté de la route, des étincelles deviennent flammes en quelques minutes, signe d'une sécheresse exceptionnelle qui alimente les brasiers en cours à travers la forêt des Landes de Gascogne.
Les travaux de "zone d'appui" ont commencé. Les tracteurs agricoles amènent de l'eau "pour sécuriser des engins ou permettre de remplir les camions-citernes" des pompiers, explique Benoit Bodennec.
- "24H30 sans dormir" -
Au PC de sécurité installé dans la caserne, fourmilière où se croisaient dans la matinée les colonnes de renforts nationaux et les uniformes militaires des gendarmes et pompiers de Paris, Marseille et ceux du programme Héphaïstos, le suivi de la situation se fait autour de grandes cartes et d'un écran.
"24h30 sans dormir", lâche l'un d'eux au retour d'une intervention. "Landiras, c'était de la rigolade à côté", dit un autre, allusion à l'un des feux de l'été 2022 en Gironde, pourtant ravageur.
Les portes d'un camion-atelier sont grandes ouvertes, l'intérieur rempli de marteaux, bombes pour nettoyer les freins et autres outils : des pompiers mécaniciens vont inspecter le moteur auxiliaire défectueux d'un camion qui revient d'intervention et doit repartir.
À côté d'eux, un pompier de Seine-Maritime ouvre une bouche d'incendie à la manivelle pour remplir la citerne d'un véhicule de 3.500 litres d'eau pour éteindre le feu, 400 litres pour protéger le camion.
Le plein se fait en 12 minutes, plus s'il est quasi vide, ce qui est le cas. Il en faudra vingt environ, en fonction des lances, pour déverser l'eau sur les flammes, avant de recommencer, encore et encore, pour essayer de venir à bout d'un feu dantesque.
D.Campanella--INP