L'assemblée de Mayotte vote la création d'un établissement public pour gérer le port de Longoni
L'assemblée de Mayotte a voté mercredi la création d'un établissement public pour gérer le port de Longoni à compter du 1er septembre, sans pour autant dissiper l'incertitude sur l'avenir de la seule infrastructure portuaire en eau profonde d'un territoire qui importe la quasi-totalité de ce qu'il consomme.
Le vote - 14 pour, 2 contre, 3 abstentions sur 19 présents - met fin à plusieurs semaines de tergiversations sur la forme que prendrait la transition après la résiliation judiciaire du contrat de l'exploitant actuel, Mayotte Channel Gateway (MCG).
Mais à l'issue du scrutin, le président du Département-Région, Ben Issa Ousséni, a reconnu que des incertitudes demeuraient. "Nous ne pouvons pas donner une durée de vie de cet EPIC car nous ne connaissons pas la décision définitive de l'État sur le statut du port", a-t-il déclaré à l'AFP à l'issue des débats.
L'établissement public industriel et commercial (EPIC) doit reprendre dès le 1er septembre les quelque 60 salariés de MCG et assurer la continuité du déchargement des navires, dans l'attente d'une reprise par l'État sous la forme d'un grand port maritime, prévue par la loi du 11 août 2025 pour la refondation de Mayotte.
Ben Issa Ousséni a défendu l'EPIC comme "la solution la plus juste et cohérente". "Le département n'a pas les moyens de recruter aujourd'hui 60 personnes, ni la capacité technique pour assurer la gestion du port", a-t-il fait valoir.
Selon lui, l'EPIC reprendrait le personnel et les outils du port, le temps qu'une nouvelle DSP soit lancée.
La cour administrative d'appel de Bordeaux avait confirmé, le 2 juin, une décision de juin 2025 du tribunal administratif de Mamoudzou ordonnant la résiliation du contrat de MCG à compter du 1er septembre.
La société, qui exploitait le port depuis 2013 avec un contrat devant courir jusqu'en octobre 2028, s'est vue reprocher d'avoir réclamé "de manière délibérée" aux usagers du port des tarifs "dépourvus de toute base légale", en se prévalant d'un arrêté tarifaire que la cour juge "dépourvu de toute authenticité".
"Eu égard à la gravité et à la persistance" de ces manquements, la poursuite du contrat est "manifestement contraire à l'intérêt général", a conclu la cour bordelaise.
La dirigeante de MCG, Ida Nel, dont la société emploie 70 salariés sur le port, avait dénoncé "une injustice" due, selon elle, à des "négligences de la part du département" .
- Débats animés -
Dans un hémicycle rempli, où une délégation du collectif des "Femmes leaders" - opposés à la création d'un EPIC - côtoyait une vingtaine de représentants syndicaux en chasuble rouge et jaune fluo favorable au projet, les débats ont été animés.
Plusieurs élus ont dénoncé le coût de l'EPIC - estimé entre 4 et 8 millions d'euros, contre un million annoncé lors des premières réunions de préfiguration - et sa durée incertaine, pouvant aller jusqu'à trois ans.
"Nous connaissons très bien les dangers sur ce territoire: des solutions provisoires qui durent, qui durent", a déclaré l'élue Hélène Pollozec.
Ali Omar, vice-président du Département-Région chargé des transports, a regretté que ses propositions pour régulariser les tarifs portuaires "n'aient pas été écoutées".
À la sortie de l'hémicycle, les représentants de la CGT-Mayotte scandaient "EPIC, EPIC, EPIC". "C'est une grande avancée pour nous", a déclaré leur représentant, Malidi Madi. "Nous, jeunes Mahorais, sommes prêts à relever le défi", a-t-il ajouté, disant espérer "un avenir plus serein pour le port".
Seule infrastructure en eau profonde de l'archipel, le port de Longoni réceptionne 95% des marchandises consommées sur l'île, le département le plus pauvre de France, à peine remis du cyclone Chido de fin 2024.
S.Urgo--INP